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Mutations technologiques, innovation pédagogique et évolution du métier de formateur

L’usage des NTIC est-il en train d’engendrer des mutations telles que celles-ci influeraient de manière significative sur nos modes de pensées et conséquemment sur notre manière d’apprendre et d’acquérir des connaissances ?

Le recul est insuffisant pour observer ces changements mais il est important de fixer d’ores et déjà les indicateurs qui pourraient rendre compte de ces changements dans le domaine qui nous intéresse ici, celui de la pédagogie et de la formation. Car l’enjeu pour notre profession est de pouvoir juger en quoi les NTIC sont facteurs d’innovation dans nos pratiques et en quoi elles sont susceptibles de transformer nos métiers. La thèse qui prévaut dans cet article c’est que les NTIC ne peuvent apporter de changements dans notre manière d’apprendre et de former qu’à condition que les organisations actuelles, les modèles et les situations pédagogiques « s’ouvrent » et se diversifient. Notamment pour la formation des salariés qui représente 50 % des financements au niveau national mais dont la part est, proportionnellement au PIB, la seule en diminution depuis des années. De la à supposer que ce type de formation ne correspond plus au besoin des salariés et de leur entreprise, il n’y a qu’un pas qu’on doit oser franchir. C’est peut-être là que se trouve la véritable innovation.

« … Nous allons droit aux choses et c’est secondairement que nous nous apercevons des limites de notre connaissance et de nous-mêmes comme connaissant » (Maurice Merleau Ponty).

 Naturellement addictes à la technologie … ?

Si j’évoque le luddisme en parlant de mutations technologiques, n’allez pas croire que j’ai fait une faute de frappe. Mon intention n’est pas de parler d’activités ludiques et de jeux sérieux (serious games) dont tous ceux qui les conçoivent vous disent qu’ils vont révolutionner la façon de se former dans les années à venir. Mais existe-t-il des technologies capables de révolutionner la formation ? J’espère que cet article aidera à répondre en partie à la question.

Pour l’instant revenons à mon luddisme avec 2 d. Il n’a rien avoir avec le jeu. Le terme est tiré du nom du roi LUDD. Il n’est pas sûr que le personnage ait réellement existé. Mais des armées d’ouvriers tisserands s’en sont servies comme porte-drapeau pour aller casser les machines à filer dans l’Angleterre du XIXe siècle. LUDD était un peu le José BOVET de l’époque.

Si je parle du roi LUDD et de José BOVET ce n’est pas pour inciter des formateurs inquiets de l’intégration des NTIC dans les dispositifs de formation à casser leurs ordinateurs ou à arracher les fils qui en dépassent mais pour donner ma vision des évolutions que la technologie est susceptible d’introduire dans le métier de la formation. J’ai voulu faire une comparaison entre deux périodes de mutations technologiques fortes. Celle de la révolution industrielle anglaise et la nôtre.

 … et de plus en plus addictes !

Apparemment la mutation technologique à laquelle on assiste aujourd’hui n’engendre pas les violences de nouveaux rois LUDD. Formateurs ou pas. Personne ne semble vouloir s’opposer à cette mutation. Tout le monde est aujourd’hui convaincu de la nécessité de maîtriser les TIC à titre personnel et professionnel. Avec un tel consensus il n’y aurait donc pas matière à débattre.

Alors, comme il faut bien qu’il y ait dans mon propos de quoi entretenir un semblant de controverse, je dirais qu’il y a une différence à faire entre notre apparente adhésion au « tout technologie » et l’usage réel que nous en avons. Une différence entre ce qui m’apparaît être l’idéologie qui sous-tend cette adhésion et notre comportement au quotidien.

C’est vrai que d’une manière générale nous avons tous ou presque cédé à l’idée d’une technologie omniprésente. Chacun de nous intègre petit à petit la plupart des outils multimédia les plus répandus de la vie quotidienne et ils nous deviennent vite indispensables.

Faut-il commencer si tôt ?

Contrairement au roi Ludd nous admettons que les technologies font partie intégrante de l’histoire de l’humanité et qu’elles ont souvent contribué à améliorer nos existences. A tel point que de nos jours, nous sommes convaincus qu’elles vont modifier notre façon de penser, ne serait-ce qu’en modifiant notre façon d’apprendre. Nous ne pouvons pas encore en voir les résultats mais nous pouvons constater avec quelle efficacité l’économie numérique a envahi les rayons de nos magasins.

L’industrie high-tech est ainsi conçue qu’elle sait faire naître un besoin là où il n’existait pas et sait attiser nos envies effrénées de consommer de la technologie. Faute pour l’instant de nous donner envie de mieux nous former. Pour le reste, on n’a encore rien vu, nous dit-on. On devrait bientôt atteindre un niveau inégalé avec l’« own-sourcing », qu’on pourrait traduire par « à faire soi-même » grâce à la possibilité aujourd’hui offerte de combiner des images et des sons extraits de médias existants pour concevoir nos propres émissions et nos propres canaux de diffusion en direction de membres de nos différents « réseaux sociaux ».

 Etre effrayé par « l’invasion technologique » ou jouer à se faire peur ?

Attention ! « Réseau social » est à prendre ici au sens qu’en donne la terminologie du web2, tendance new âge. Notre réseau social c’est l’ensemble des personnes consommant les mêmes produits que les nôtres et avec qui nous pouvons communiquer spontanément par un système de tracking appelé « folksonomy » ou taxonomie du peuple, si on préfère. Tout ça étant censé reconstituer la « noosphère » imaginée par Teilhard de Chardin, une espèce de nébuleuse faite de toute l’intelligence du monde dans laquelle chacun va venir puiser. C’est pour le moment par nos comportements de consommateurs qu’on nous juge aptes à entrer en relation avec des catégories de personnes qui nous ressemblent. Le reste devrait suivre. Y compris la faculté de devenir plus intelligent.

Je suis toujours étonné de voir avec quelle assurance les experts en prospective continuent à imaginer nos univers de vie tout proche. L’un d’eux, Nathan EAGLE expliquait récemment qu’à partir de très peu de données fournies par les internautes eux-mêmes, il était capable de prédire ce que ces internautes allaient faire prochainement. Entendez par là, ce qu’ils allaient consommer dans les heures qui suivent.

Mais je ne suis pas plus effrayé que ça à l’annonce de toutes ces prédictions qui se révèlent fausses la plupart du temps. La vraie innovation a le don de surgir là où on ne l’attend pas. Et elle n’a pas souvent à voir avec la technologie elle-même mais avec son usage. Personne n’avait prédit par exemple le succès de la téléphonie mobile à partir de l’usage bien particulier des SMS. Les opérateurs s’évertuent depuis lors à imaginer de nouveaux services qui égaleraient en succès ce qui n’a été à l’origine qu’un comportement de collégiens. Autre exemple. En 1990 Tim BERNERS-LEE proposa à des financiers de soutenir son invention du Web. Ceux-ci déclinèrent son offre, étant convaincus que ... les gens n’ont rien à se dire !!! Tim BERNERS-LEE a alors décidé de ne pas valoriser ses droits, pour notre plus grand bonheur.

Il faut donc se méfier de tous ces effets d’annonce concernant les lendemains technologiques qui chantent. Joël de Rosnay lui-même, dans son livre sur ce qu’il appelle les « pronetariens », finit par concéder à Jacques Perriault que « même si le grand public acquiert progressivement une habileté à employer les méthodes numériques, l’écart entre les potentialités des systèmes numérisés d’information et les compétences des utilisateurs ne s’est pas résorbé au cours des trente années d’usage, et bien au contraire, il s’est maintenu, sinon accru ». Le célèbre prospectiviste fait donc ici un net distinguo entre les progrès techniques et les usages qu’en fait l’individu lambda.

 Des usages … pas très « usagés »

Effectivement, si l’adhésion au « tout technologie » semble bien implantée dans nos têtes, les usages effectifs de la technologie sont moins palpables. Il y a encore des pans entiers de nos activités individuelles et collectives que les NTIC n’ont pas pénétrés. Dans la vie professionnelle, par exemple. Selon son type d’activités, un salarié peut n’avoir qu’un usage très modeste des TIC. Bien moins que ce qu’il peut faire chez lui avec les différentes consoles qui meublent son salon. Ce qui fait que petit à petit, les ménages sont maintenant technologiquement mieux équipés que les entreprises. C’est un fait sans précédent dans l’histoire.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’entreprise n’intègre pas si naturellement les TIC et les réseaux qui les supportent. Trois études récentes l’ont montré. Celle de la DIGITIP, sur l’intégration des TIC en entreprise, celle de l’INSEE sur la satisfaction de l’usage des TIC en entreprise et sur l’enquête interne menée par France Télécom. Mes propres travaux menés auprès de trois entreprises françaises, employant à elles-seules près de 200 000 personnes, soit 0,7 % du nombre de salariés en France me confirment dans ce sentiment.

On constate que les réseaux techniques et leurs flux d’information dans l’entreprise sont encore très souvent vécus comme une intrusion par les dirigeants et une contrainte par les salariés. Se servir des TIC dans l’entreprise ne semble pas être aussi plaisant et utile que chez soi. Cela peut même être facteur de stress.

Il faut lire pour s’en convaincre la plaquette rédigée par l’ARACT de Rhône Alpes sur les points de vigilance que l’entreprise doit absolument connaître pour faire les bons choix en matière de NTIC. Après avoir lu cette plaquette, le chef d’entreprise doit être devenu tellement méfiant qu’il est sûrement tenté de se débarrasser même de son téléphone.

Les entreprises et ceux qui sont censés les conseiller ne sont pas les parangons de la cybernétique. Tout le monde a pu remarquer que durant le temps qu’ont mis les entreprises moyennes en France à savoir s’il leur fallait l’internet ou pas, le grand public était déjà passé à la question de l’ADSL puis du très haut débit ?

Le monde de l’enseignement et celui de la formation se trouvent un peu dans la même situation que celui de l’entreprise. On s’y imprègne beaucoup plus lentement des usages de la technologie qu’à l’extérieur. On y est même très très lent.

La maïeutique a 2500 ans, le PDA en a 10

Si on pense qu’on a déjà fêté le vingt et unième anniversaire du discours tenu par André RAMOFF, Délégué à la Formation Professionnelle en mai 1988. Il disait en substance : « Relativement à ce que les technologies nous offrent aujourd’hui comme possibilités, nous sommes tout à fait en retard en France dans ce domaine … et nous avons à rattraper ce retard en essayant de concilier le quantitatif et le qualitatif ? Comment former beaucoup plus de gens sans faire exploser tous les budgets publics ou privés ? L’une des réponses, c’est précisément la recherche d’enseignements à distance, la possibilité d’offrir aux gens de suivre un enseignement au lieu de leur choix, au moment de leur choix, selon le rythme de leur choix. La possibilité de permettre à quelqu’un qui ne peut pas quitter son travail d’accéder néanmoins à la formation. De ce point de vue des techniques … récentes … offrent des perspectives tout à fait considérables de développement. »

Ces propos d’André RAMOFF mettent mieux en perspective ce qu’a déclaré l’an dernier, soit 20 ans plus tard, Laurent Cohen-Tanugi en remettant son rapport à Christine LAGARDE sur l’avancée du programme français concernant la stratégie de Lisbonne qui prévoyait en 2000 de faire la part belle à la société de la connaissance : « Nous faisons partie des mauvais élèves, nous avons beaucoup de retard à rattraper ». Il constate par exemple qu’en matière de R&D, « nous sommes encore loin des 3 % du PIB, et nous avons même tendance à perdre du terrain. Si nous atteignons les 3 %, ce sera déjà bien. »

 Des chiffres à déchiffrer

Mais qu’en est-il vraiment de ce retard ? Il y a deux ans le rapport du World Economic Forum pointait la France en 23ème position en termes de capacité à utiliser les TIC (le Danemark occupant la 1ère place et les Etats Unis la 7ème). On sait par ailleurs que la France se situe au 4ème rang mondial pour la qualité de ses ingénieurs et de ses scientifiques. Ceci laisserait penser que notre retard est culturel et non technologique. D’où la conviction permanente qu’il faut éduquer les masses aux NTIC afin d’éviter la fameuse « fracture numérique [1] ». Alors on multiplie l’ouverture d’espaces publiques numériques, au succès mitigé, dans l’impossibilité qu’ils sont de rivaliser avec les équipements domestiques toujours plus performants.

Mais on fait dire ce qu’on veut aux statistiques. On vient de voir que Cohen-Tanugi s’en réfère au PIB. Des études on montré que si on rapporte le nombre d’internautes au PIB, pour comparer ce qui est comparable, on découvre avec ce type de rapprochement que le premier cyber pays au monde est la ... Palestine. On peut comprendre que dans ce pays, l’utilisation des réseaux numériques est essentielle au maintien d’un minimum de relations entre personnes. Mais avec ce rapport entre nombre d’internautes et PIB, les Etats-Unis sont 23ème, la France 53ème. De ce point de vue, la Palestine et le Bangladesh sont des modèles de résorption de la « fracture numérique ».

Pour résumer, je me risque à prétendre que les mutations technologiques de ces dix dernières années ont surtout changé notre manière de consommer toujours plus de marchandises high-tech mais n’ont quasiment rien changé dans nos activités humaines aussi essentielles que sont le travail, l’éducation et la formation [2].

Il semble qu’il faille sérieusement relativiser le phénomène de mutations technologiques et considérer que ce phénomène masque assez souvent les vraies interrogations sur l’innovation et l’évolution des métiers ainsi que sur la manière de se former et donc sur l’évolution du métier du formateur à laquelle je veux venir maintenant.

 Pédagogie versus technologie

Je pense que l’évolution du métier du formateur n’a rien à voir avec les mutations technologiques en cours mais avec la manière dont le formateur d’aujourd’hui appréhende les relations et les environnements de travail qui permettent de mobiliser des compétences et de les développer. Quand donc et comment, ces relations et ces environnements deviennent-ils formatifs ? Plutôt qu’une vision techniciste de l’évolution du métier de formateur face aux mutations en cours, je verrais davantage aborder la problématique avec une entrée par la poïétique [3], c’est à dire par l’étude de la relation qu’entretient l’apprenant avec le formateur, ses co-apprenants et avec l’environnement qui optimise sa formation.

La démarche poïétique vise à maîtriser les organisations en fonction de la position de l’individu qui en devient le centre. Dans le sujet qui nous intéresse ici, cette démarche poïétique consisterait pour le formateur pédagogue à mettre en relations les besoins de compétence et les variations que ces besoins engendrent dans les environnements de formation. La notion de poïétique à concevoir dans des pédagogies actives appuyée sur les NTIC s’oppose à celle d’affordance aujourd’hui dominante, c’est-à-dire à l’influence de l’environnement sur le comportement par les mutations technologiques où ce n’est plus la fonction qui crée l’organe mais le contraire.

Cette notion d’affordance va dans le sens du discours sur la mondialisation et le libre-échange, qui contraignent soi-disant l’entreprise comme l’individu à évoluer en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent placés. L’amalgame y est fait entre l’adaptation de l’entreprise et l’adaptation au sein de l’entreprise. Si on peut comprendre que des organisations soient flexibles, il est par contre insupportable d’attribuer le même qualificatif aux personnes. Il ne s’agit plus alors de flexibilité mais de la bonne vieille aliénation.

Le « nouveau » formateur sera poïétic ou ne sera pas

En matière de formation et d’acquisition de connaissances nouvelles, utiles pour obtenir ou garder un emploi, le problème est identique. Ce n’est pas à la personne de se plier aux contingences des organisations (niveau d’entrée, délais, temps, etc…) mais à ces dernières d’être suffisamment flexibles pour que chacun y trouve une possibilité.

Je pense que s’il doit y avoir une évolution du métier de formateur c’est dans la capacité de ce dernier à concevoir les organisations les plus favorables pour l’apprenant et à trouver pour lui-même la place précise qu’il doit occuper en tant qu’acteur, parmi d’autres acteurs dans un dispositif évolutif. Occuper une place précise pour le formateur ne signifie pas pour autant occuper une place fixe. Si le dispositif bouge, la place du formateur bouge avec lui.

Formateur un peu trop « pantouflard »

Concevoir pour l’apprenant les organisations les plus favorables c’est du point de vue du formateur réfléchir à « l’environnement » de formation et aux conditions dans lesquelles les nouvelles technologies peuvent être au service de cet environnement. On parle aujourd’hui du nouveau formateur comme d’un « ensemblier ».

C’est ce savoir faire d’ensemblier qui doit permettre pour la formation en entreprise d’obtenir des ingénieries qui prennent en compte les besoins [4], les moyens, les caractéristiques de mise en œuvre, et la culture d’entreprise [5]. Cette culture qui perçoit bien souvent l’intérêt de la formation non pas pour les qualifications qu’elle est susceptible de délivrer mais pour les réponses qu’elle peut apporter aux besoins de compétences dans un travail donné.

L’entrée par les compétences !!! Le maître-mot est lâché. Mesure-t-on bien les conséquences qu’entraîne une telle entrée ? Le métier de formateur est-il aujourd’hui en capacité de partir des situations réelles de travail du salarié pour construire autour de lui une organisation apprenante qui réponde au besoin d’évolution de ces compétences ?

 Un nouvel espace-temps formatif

Dans quelles situations très concrètes au sein de l’entreprise on peut introduire des organisations qui permettent de valoriser et de développer des compétences ? J’ai essayé de réunir ces situations en les regroupant dans un tableau qui m’a été librement inspiré par les travaux de Bernard BLANDIN et par le directeur de la formation de l’entreprise ISS France qui déploie aujourd’hui ce type de dispositif pour ses 42 000 salariés.

Espaces ouverts d’apprenance dans l’entreprise

J’ai inventé le terme de transformel pour dire quel profit on doit pouvoir tirer en formation des dispositifs de gestion de l’information et de gestion de connaissances dans l’entreprise. Quant au terme d’apprenance je l’ai emprunté à Philippe CARRE qui considère celle-ci comme « un ensemble durable de dispositions favorables à l’action d’apprendre dans toutes les situations formelles ou informelles [6], de façon expérientielle ou didactique, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite ».

Dans ce losange à quatre espaces, on peut voir que c’est l’approche multidimensionnelle de la notion de formation qui est source d’innovation. On y voit que la flexibilité s’y exerce non pas sur les individus mais sur les organisations. On y voit également que la transmission et l’acquisition de savoirs y sont rendues possibles de plusieurs façons. On voit enfin quels profits on peut faire de technologies qui nous ouvriraient des espaces et nous donneraient du temps pour faciliter la flexibilité de ces organisations en fonction des espaces et des rythmes de travail du salarié mais également en fonction des espaces et des rythmes de travail de l’entreprise. Ces situations conjuguent les formations formelles, non formelles et informelles [7] qui pourraient très bien être structurées de manière à planifier des « parcours de professionnalisation ».

« Un parcours de professionnalisation, dans le cadre d’une organisation apprenante, s’inscrit dans une dynamique collective visant à professionnaliser l’ensemble d’une équipe en vue d’atteindre une performance donnée (ou un ensemble de performances bien identifiées). Chaque individu a un rôle particulier à tenir et des compétences spécifiques à apporter au groupe. Un parcours individuel de professionnalisation intégrera donc simultanément pour un agent des actions individuelles et collectives de professionnalisation. Ce dispositif permet à l’agent d’acquérir une expérience structurée, planifiée et encadrée dans des conditions optimales de réussite (à travers différentes opportunités que présente la réalité professionnelle). Ce dispositif permet également de favoriser l’intégration de l’agent à une dynamique collective finalisée. » La lettre du CEDIP – compétence et formation -www.cedip.developpement-durable.gouv.fr

Parmi ces variations d’un parcours de professionnalisation on distingue :

  • dans « l’espace/temps » I : la formation formelle, hiérarchisée et nivelée, commençant par les modules d’intégration des nouveaux salariés, incontournables dans une démarche qualité.
  • dans « l’espace/temps » II : les organisations, les situations pédagogiques et les modalités techniques permettant de « mixer » le parcours en fonction de la motivation, de la disponibilité et de la place du salarié.
  • dans « l’espace/temps » III : les situations de formations non formelles et informelles. Pour les premières situations, il s’agit d’activités organisées en dehors du système de formation établi mais dirigées néanmoins vers des objectifs de formation. Les séminaires de travail selon leurs thèmes et les communautés de pratique peuvent être classés dans cette catégorie. Les situations de formation informelle sont celles où le salarié acquiert attitudes, valeurs, aptitudes et connaissances à partir de ses expériences quotidiennes, des influences de ses collègues et des ressources de son environnement de travail [8]. Les managements de projet et les échanges de savoirs peuvent être classés dans cette catégorie.
  • dans « l’espace/temps » IV : on trouve les procédures que l’entreprise met en œuvre pour capitaliser les connaissances et compétences de ses collaborateurs et pour les optimiser. Ces procédures peuvent être en soi des phases de formation pour l’employé en l’aidant à mieux comprendre sa place et ses apports au sein de l’entreprise.

 Ce ne sont pas les outils qui manquent …

Pour faciliter le travail individuel et collectif entre ces quatre espaces-temps, des outils multimédia existent aujourd’hui. Ces outils seront d’autant plus performants qu’ils vont venir se placer à l’intérieur d’une organisation préalable qui va donner tout son sens à l’apport des NTIC en formation. Il n’y a pas la place dans cet article pour détailler les fonctionnalités de tels outils, comme les moteurs de recherche, les groupware, les publications en ligne, les localisations d’expertise, les plateformes, les ateliers virtuels, etc… pour ne citer que ceux-là. Mais on peut d’ores et déjà regrouper en « famille d’outils » les différentes technologies disponibles et ordonner ces familles grâce à nos espaces ouverts d’apprenance que nous retrouvons ci-dessous.

 En guise de conclusion

La démonstration me semble faite que c’est ici la poïétique qui l’emporte sur l’affordance. A savoir que c’est avec la première que se structure l’organisation de la formation. Comme le pensait Paul Valéry pour une œuvre d’art, la poïétique en ingénierie de formation, ne porte pas plus sur la structure elle-même que sur les conditions qui la rendent possible (le besoin de la personne, les moyens à mettre en œuvre, les situations existantes et le projet collectif) ainsi que sur le bien-fondé d’une telle entreprise et la possibilité d’en mesurer la réussite.

[1] Si la fracture numérique existe, elle est aujourd’hui bien plus profonde dans l’accès aux contenus diffusés que dans l’équipement. Les produits du marché numériques sont de plus en plus attrayants mais proposent des contenus de plus en plus infantilisants. Au dernier salon des consoles de jeux qui s’est tenu récemment à Paris, on a pu voir autant d’ados que d’adultes se précipiter sur les stands.

[2] Certains pédagogues prétendent pourtant voir apparaître une génération de « digital natives », c’est-à-dire une génération de jeunes gens nés avec la technologie numérique qui aurait modifié leur comportement et leur mode de pensée. Le recul n’est pas suffisant pour apporter un quelconque crédit à cette thèse.

[3] Pour aller plus loin sur cette notion : http://www.poietic-generator.net

[4] « … durant l’ingénierie des besoins, on ne se limite pas à décrire ce que doit faire le système mais on cherche également à décrire pourquoi il doit le faire. » Georges GROSZ – Centre de Recherche en informatique – La Sorbonne – Paris.

[5] La culture d’entreprise est « un modèle d’assomptions de base, qu’un groupe donné a découvert, inventé et développé en apprenant à faire face aux problèmes d’adaptation externe et d’intégration interne » - E. Schein, « Organizational Culture and Leadership », 1985.

[6] « Les apprentissages informels, "on the job" sont réputés représenter près de 80% de l’ensemble des dépenses réelles de formation des entreprises, alors même qu’ils restent invisibles. ». Michel DIAZ – responsable éditorial des 5èmes rencontres de l’e-learning et de la formation mixte.

[7] « L’éducation et la formation non formelles et informelles constituent des éléments importants du processus d’apprentissage et sont des instruments efficaces pour rendre ce dernier attractif, pour faire accepter l’idée de l’éducation et de la formation tout au long de la vie et pour favoriser l’intégration sociale. » Conseil de l’Europe - (2006/C 168/01 – 20 juillet 2006).

[8] Des études ont montré qu’on développe ses compétences pour 70% en vivant des situations nouvelles, pour 20% à travers des feedbacks, et pour 10% au cours de stages

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