Les clubhouses : comment améliorer la qualité de vie des personnes fragilisées par un handicap psychique ?
Quels constats vous ont conduit à mettre en place une telle structure ? et pourquoi ?
Je pense que chacun de nous peut faire le premier constat que dans sa famille proche ou lointaine, ses amis, collègues et voisins, il y a une personne qui a eu une maladie mentale ou un trouble psychique. Un Français sur cinq est touché directement par ces maladies contre 1% pour le cancer (Eur Neuropsychopharmacol 2005). Parmi les troubles les plus connues : le trouble bipolaire, la schizophrénie, l’autisme, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles des conduites alimentaires, les phobies, l’anxiété généralisée… ce qui d’après l’OMS représentent la 1ère cause d’invalidité dans le monde. D’autre part, tout le monde est directement concerné car dans nos vies, nous ne sommes pas à l’abri de catastrophes individuelles (deuil, divorce, faillite,..) ou collectives (guerre, désastre économique,...). L’autre constat, c’est que ces troubles perturbent profondément la vie des personnes atteintes et de leur entourage du fait de leur chronicité, de leur caractère invalidant et qu’ils occasionnent également des souffrances liées à leurs conséquences. La solitude, les difficultés au niveau familial, interpersonnel, professionnel et/ou économique ainsi que la stigmatisation sont malheureusement des répercussions fréquentes de ces troubles. Ces personnes aspirent à une vie autonome, indépendante et épanouie mais elles n’y arrivent pas toujours malgré leurs qualités, compétences et envies. En dépit de l’évolution de la psychiatrie et de la reconnaissance du handicap psychique par la loi de 2005, tout cela n’a pas permis l’intégration sociale des malades atteints de troubles psychiques. La réalité c’est que de nombreux malades ne sont traités que par des médicaments, alors que des soins psychosociaux seraient aussi nécessaires. Le projet médical l’emporte sur le projet de vie, le « statut de patient » sur le « statut de personne à part entière ». Du médical au médico-social pour aller vers l’insertion, il manque un chaînon et une interface avec le monde de l’entreprise. A Paris, en 2009, un groupe composé à la fois de personnes touchées par un trouble psychique et de personnes adhérentes de l’Unafam a travaillé sur l’identification d’alternatives innovantes qui pourraient combler ce manque. Très rapidement, par son approche humaine, globale et participative, le modèle clubhouse a suscité les plus vives attentions. La nécessité d’adapter ce modèle aux besoins et contexte français est apparue comme une évidence et une opportunité à saisir. L’association Cap’cités est née, elle représente le chainon manquant entre le suivi médical et une vie indépendante pour des hommes et des femmes fragilisées par des troubles mentaux.
Quelles sont les prestations proposées par cette structure en matière d’insertion professionnelle des personnes fragilisées par un handicap psychique ?
L’association Cap’cités met à disposition un lieu de vie non-médicalisé créé pour et avec les personnes fragilisées par un handicap psychique dans le but de faciliter leur socialisation et leur réinsertion professionnelle. Concrètement, ce modèle d’intervention clubhouse s’articule autour du concept de club, lieu de socialisation et de la valeur travail au sein de la communauté (house). Une personne confrontée à des difficultés de la vie, après avoir souffert de troubles psychiques, connue des hospitalisations à répétition, tentée d’innombrables traitements médicamenteux, connue la solitude et l’exclusion, peut trouver ou retrouver une place au cœur de la cité. Pour cette personne, il est important de se reconstruire, retrouver son estime de soi, réapprendre le goût du travail et « faire avec » son handicap. Chaque action réalisée au sein du clubhouse fait partie du processus de son rétablissement. Travailler à une tâche quotidienne pour participer à la vie de la communauté peut lui procurer un sentiment de satisfaction et d’efficacité personnelle. Le clubhouse est organisé en " unités de travail " gérées par les membres et les salariés : accueil, secrétariat, comptabilité, intendance et repas, entretien des locaux, communication et programmation des activités, etc. Si dans son projet de vie un membre souhaite travailler en milieu ordinaire, il intègre l’unité dédiée à l’insertion professionnelle qui à l’aide du responsable peut le guider dans une démarche classique de recherche d’emploi, une formation ou lui proposer un emploi de transition. Ces emplois temporaires organisés dans le cadre d’accords avec des entreprises partenaires donneront des chances sérieuses de réussir dans une insertion professionnelle. Cette expérience acquise peut permettre de se lancer ensuite de manière plus assurée dans un emploi durable. Le clubhouse n’est pas à proprement parlé une association pour trouver un emploi, c’est surtout un tremplin, une porte ouverte vers la reprise du pouvoir sur sa vie (empowerment ). Le travail est seulement un moyen et la finalité, c’est que les membres puissent développer et utiliser leurs capacités pour vivre, apprendre et travailler dans la société avec le plus d’autonomie et de satisfaction possible.
Pensez-vous que cela représente une démarche innovante au regard des structures ou dispositifs existants ?
Nous n’avons pas la prétention d’apporter une innovation puisqu’on compte actuellement plus de 350 clubhouses dans le monde. Cela représente une démarche innovante dans le sens que c’est inédit en France mais elle n’entre dans aucun des cadres existants. Il existe diverses initiatives spécialisées dont les Services d’Accompagnement à la Vie Sociale (SAVS), les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEMs) et les Etablissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT). Plus particulièrement, le clubhouse se distingue des GEMs dans la mesure où d’une part, Cap’cités n’a pas l’obligation de dépendre d’une autre association, nous sommes indépendant et que d’autre part, l’accompagnement offert par le clubhouse repose sur une méthodologie spécifique qui a fait ses preuves depuis plus de 60 ans dans plus de 30 pays. Selon la Fédération l’« International Center for Clubhouse Development » le taux de réinsertion professionnelle des membres des clubhouses est supérieur à 30%. Les principales structures d’accompagnement à la réinsertion professionnelle de personnes fragilisées par des troubles psychiques sont accessibles uniquement aux personnes qui sont administrativement reconnues « handicapées », cette reconnaissance ne sera pas exigée au sein du clubhouse car beaucoup de personnes en situation d’handicap psychique ne souhaitent pas bénéficier obligatoirement de ce statut.
L’originalité, c’est la mixité de la gestion assurée conjointement par les membres et les salariés et une forte proximité avec le monde du travail. Les participants ne sont pas des malades, des patients, des usagers, ils sont appelés " membres ", pour justement souligner ce sens d’appartenance à un groupe et l’importance de la contribution de chacun. Par une gestion intrinsèquement participative, il promeut une organisation de l’entraide fondée, non sur l’assistanat, mais sur l’accompagnement et le partage. Enfin, il permet dans un lieu unique les services d’accompagnement indispensables : - Créer des opportunités de socialisation - Accompagner et favoriser l’insertion en entreprise ou/et l’accès à la formation - Accompagner les besoins quotidiens (administration, logement, etc.)
Comment cette structure s’inscrit dans le paysage institutionnel ? Quels partenariats ont été noués ?
Nous sommes une association d’intérêt général à but non lucratif, apolitique et sans obédience religieuse. C’est une initiative privée financée par des dons privés. Nous sommes convaincus que la santé mentale est l’affaire de tous et développons en ce sens, notre réseau de partenaires avec les différents acteurs de la société. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Mairie de Paris, le Ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale et la Fédération Internationale des Clubhouses (ICCD) qui siège à l’ONU en tant que représentant des usagers en santé mentale.
Des partenariats ont déjà été noués avec des entreprises ou des Fondations Reconnue d’utilité Publique telles que La Banque de France, AG2R la Mondiale, Fonds de Dotation Axa pe, EDF, SFR, Ipsen Pharma, Annick Goutal, IFP Energies Nouvelles, Laboratoire Lilly, la Fondation Bettencourt, la Fondation Caritas France, la Fondation de France.
L’agence Entreprises & Handicap représentée au Conseil d’Administration de l’association, participe à créer du lien entre l’association et les entreprises. L’agence facilite et améliore les modalités de collaboration entre le Clubhouse et de potentiels employeurs. Sa connaissance de la gestion du handicap en entreprise, et son implication dans la législation en matière de handicap, sont des atouts importants pour Cap’cités.
Un site de Centre Inffo







