Les missions locales : laboratoires de l’expérimentation sociale pour les jeunes
Les premières journées nationales des Missions locales, organisées par l’UNML [1] ont débuté hier 28 octobre 2010 à Tours en présence de 700 participants. Au programme de cette première journée, trois tables rondes autour de la question « Quel accompagnement entre l’école et l’emploi pour développer l’autonomie et l’insertion professionnelle des jeunes ? » Débats animés notamment sur la situation des jeunes et l’intervention des Missions locales pour les jeunes et sur les territoires.
« Face aux missions locales, j’ai toujours un peu peur de me faire engueuler ! » Cette saillie de Martin Hirsch lors d’une des tables rondes a eu le mérite de mettre les rieurs de l’amphithéâtre de son côté dès le début de son intervention. Pourtant, le président de l’Agence du service civique et ancien Haut commissaire à la jeunesse et aux solidarités actives n’avait pas forcément devant lui une salle conquise. « Lorsque nous avons débuté la concertation sur l’emploi des jeunes, la question des missions locales a été évoquée. Au départ, nous voulions leur tordre le cou, du fait de leur nombre et de la multitude des expérimentations menées… mais à la fin de notre réflexion, nous avons, en fait, décidé de les renforcer ! »
Isabelle Gaudron, vice-présidente de la région Centre, chargée de l’apprentissage, l’insertion et la formation professionnelle tout au long de la vie se félicite des expérimentations menées entre sa région et les missions locales, mais Florian Meyer, secrétaire national de la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), se montre plus critique. « Aujourd’hui », dit-il, « il n’existe pas vraiment d’accompagnement des jeunes vers l’emploi hors du Pôle emploi. Les missions locales communiquent peu et leur sont méconnues, alors que ces jeunes attendent de l’information, de la mise en lien avec les offres d’emploi, du soutien et de l’accompagnement ! ».
Jean-Pierre Hardy, directeur de la politique sociale de l’Assemblée des départements de France (ADF), considère pour sa part que le problème des "jeunes" vient avant tout de la classification de cette tranche d’âge. « Les 18-25 ans représente une zone intermédiaire entre l’aide à l’enfance et l’adolescence – qui s’arrête à 18 ans – et la première ouverture des droits au RSA et anciennement au RMI, qui débute à 25. C’est la génération "Tanguy" [2]. Or, en termes légaux, l’Etat estime que l’on n’a pas de droits lorsque l’on est un "Tanguy". Mais dans les faits, la plupart des jeunes compris dans cette tranche d’âge ne disposent d’aucune autre autonomie que celle garantie par leurs parents ». Rappelant l’existence d’un Fonds d’aide aux jeunes (FAJ) géré par les départements depuis la loi de décentralisation, Jean-Pierre Hardy regrette que ce dernier dépende de la bonne volonté départementale : « Il n’existe aucun pourcentage minimum dédié. Un département peut très bien dynamiser ce fonds, comme il peut n’y consacrer aucun moyen, ce qui constitue une injustice face au concept d’égalité des citoyens devant la loi ! ».
Pour Marie-Automne Thépot, chef de mission au Ministère de la jeunesse et des solidarités actives, « Le rôle d’expérimentation des missions locales est très important. Nous sommes bien conscients que ce supplément d’ingénierie sociale n’est pas facile en termes de budget pour elles, mais que ces expériences les rendent indispensables aux mesures sociales de demain ». Et d’évoquer l’exemple du Revenu contractualisé d’autonomie testé dans ce cadre : « Il s’agit d’un revenu dégressif de 250 euros par mois pendant deux ans, variable en fonction du revenu des jeunes de 18 à 25 ans. Nous allons tester ce dispositif auprès de 4500 jeunes des missions locales et de 500 jeunes de l’APEC disposant au moins d’une Licence ».
[1] Union nationale des missions locales
[2] Rapport au film éponyme d’Étienne Chatiliez, sorti en 2001 dans lequel un jeune homme de 28 ans vit encore chez ses parents. Au Japon, au Canada et aux Etats-Unis, ce phénomène est désigné sous le terme de "célibataires parasites"
Un site de Centre Inffo







