Rien ne prouve que la formation aide à résorber l’obsolescence des qualifications des seniors dans les entreprises innovantes
La formation peut-elle contrecarrer les effets négatifs des changements technologiques ou organisationnels sur l’emploi des salariés âgés dans l’entreprise ? Ce n’est pas certain, mais probable pour Muriel Roger, professeure associée à l’École d’économie de Paris qui exposait les résultats de ses recherches lors du colloque sur l’emploi des seniors organisé par la Dares le 14 octobre à Paris.
La recherche de Muriel Roger a porté sur les années 1994-1997 [1] afin d’étudier l’impact de l’avènement d’Internet dans les entreprises, un changement technologique radical, considérant qu’en 1994, aucune n’en disposait. Sur la même période elle a étudié l’impact de nouvelles organisations : d’une part la réduction des niveaux hiérarchiques et d’autre part l’accroissement du niveau de responsabilité donnée aux opérateurs. Et également les effets de la formation sur le maintien des salariés âgés dans l’entreprise.
S’agissant de l’impact des nouvelles technologies, elle a observé un phénomène de valorisation du retour de l’expérience chez les managers et les équipes dirigeantes, mais a-t-elle souligné « on se rend compte que l’adoption d’Internet est particulièrement négative pour les ouvriers. »
La formation peut-elle avoir un effet bénéfique sur cette situation ? Son étude montre que si l’on forme les plus de 45 ans, la part des 50-59 ans à la période suivante est plus élevée, c’est-à -dire, que si on forme plus les « jeunes seniors » sur une période, leur part dans l’entreprise est plus élevée ensuite.
En considérant les variables de formation et d’innovation séparément, la chercheure de l’INRA au laboratoire de l’économie appliquée s’est aperçue que l’innovation technologique ou organisationnelle tend à faire disparaître la part des seniors dans l’entreprise, alors que la formation tend à les maintenir. En revanche, a-t-elle fait remarquer, « si les deux facteurs jouent en sens inverse, quand on les met ensemble on n’obtient pas de résultats très clairs : on ne peut pas conclure que le fait simplement de former les seniors permettrait de les maintenir dans les entreprises innovantes et donc pourrait lutter contre l’obsolescence de leurs qualifications. »
Pour autant, la formation protège les seniors mais pas de façon spécifique dans les entreprises innovantes. « Sans doute faut-il bien évidemment maintenir la formation dans les entreprises innovantes mais il faut explorer d’autres pistes (…) il faut peut-être donner plus de temps aux seniors pour s’approprier les nouvelles technologies quand elles sont mises en place dans les entreprises », a-t-elle conclu.
[1] Avant le Plan national concerté pour l’emploi des seniors et la réforme de la formation de 2003
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