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Une charte des bonnes pratiques pour développer les actions de lutte contre l’illettrisme

Hervé Fernandez, Secrétaire Général, ANLCI

Quels sont les constats qui ont conduit à l’élaboration de cette "Charte des bonnes pratiques pour le développement des actions de lutte contre l’illettrisme" et à sa signature par 23 OPCA ?

Nous avons constaté une forte montée en charge des OPCA sur la question de la lutte contre l’illettrisme en entreprise. Le nombre de salariés ayant bénéficié d’une formation de base a triplé en trois ans. Ces dernières années, une quinzaine d’OPCA s’étaient engagés contre l’illettrisme de façon significative en signant un accord cadre avec l’ANLCI. Avec la mobilisation des moyens consacrés à la maîtrise du socle et à la lutte contre l’illettrisme par le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, nous nous attendons à un changement d’échelle. Plus les initiatives se multiplient, plus le besoin de références communes est important. Chacun choisit sa manière d’agir mais tout le monde se pose les mêmes questions : Qu’est-ce que l’illettrisme ? Comment aborder ce problème avec les entreprises ? Comment cerner les besoins de l’entreprise en matière de compétences de base sans stigmatiser les salariés concernés ? Comment mesurer le niveau réel des personnes ? A partir de quand peut-on dire qu’un salarié ou un demandeur d’emploi est sorti de l’illettrisme ? Selon quels critères choisir un organisme de formation ? Le travail collectif que nous avons engagé avec les OPCA ces deux dernières années vise à leur fournir des réponses concrètes à ces questions mais surtout à définir des normes communes, des repères partagés par tous. La Charte des bonnes pratiques pour le développement des actions de lutte contre l’illettrisme qui a été signée par 23 OPCA les fédère autour de huit principes communs. Les OPCA s’engagent par exemple à utiliser le Référentiel des compétences clés en situation professionnelle pour ancrer la lutte contre l’illettrisme dans les situations professionnelles et avoir une idée très précise des objectifs professionnels auxquels la formation de base doit répondre. En utilisant le RCCSP, en se référant aux degrés de maîtrise des compétences de base identifiés par l’ANLCI, les OPCA adoptent une définition commune de l’illettrisme. Il faut noter que les 23 OPCA signataires assurent une couverture de 70% des salariés de notre pays.

Comment cette Charte va-t-elle être mise en œuvre dans les pratiques en entreprise (modalités d’application, moyens spécifiques dédiés, sensibilisation, formation de personnes relais ...) ?

La Charte des bonnes pratiques signée par les OPCA offre un cadre commun de référence à la mise en œuvre des programmes de lutte contre l’illettrisme portés par les OPCA et soutenus par le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels. La Charte met en évidence les principes sur lesquels tout le monde s’accorde et qui conditionnent la réussite des actions. De façon concrète, les OPCA mettent en place en ce moment des campagnes de sensibilisation de leurs adhérents et des salariés, ils bâtissent une offre de services adaptée au problème de l’illettrisme, ils accompagnent leurs adhérents dans les démarches de formation de base et prennent en charge les dépenses de formation et le maintien du salaire. La réussite de ces actions passe aussi par la formation des équipes des OPCA à la problématique de l’illettrisme. L’ANLCI apporte son concours dans la mise en œuvre de toutes ces actions en mettant à disposition des modes d’emploi pour agir, des contenus pour la formation des conseillers d’OPCA, des travaux permettant aux OPCA de se faire une idée des caractéristiques d’une réponse « formation de base » vraiment adaptée aux besoins de l’entreprise. Nous pouvons être amenés à participer directement à la sensibilisation ou à la formation des conseillers des OPCA. Depuis la journée de mobilisation des entreprises initiée par la ministre chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle, Nadine Morano, qui s’est tenue le 29 mars 2011 au Conseil économique et social environnemental, l’ANLCI met à disposition de tous un espace internet (www.formationdebase.net ). Nous y avons capitalisé tous les outils dérivés de l’utilisation du RCCSP, les cahiers des charges diffusés par les OPCA et les supports de communication utilisés. Au niveau régional, les chargés de mission régionaux de l’agence en lien avec les centres ressources illettrisme mettent à disposition des informations sur l’offre de formation identifiée. 

En matière d’insertion ou d’évolution professionnelle, quelles perspectives peut-on raisonnablement se donner pour les plus de 3 millions de personnes en situation d’illettrisme en France ?

Nous savons aujourd’hui que sur les 3.100.000 personnes âgées de 18 à 65 ans qui sont concernées par l’illettrisme, plus de la moitié, soit 1.700.000 personnes, sont dans l’emploi. Les moyens qui sont affectés par l’Etat et les régions pour la formation des demandeurs d’emploi et ceux qui sont affectés par les partenaires sociaux à travers le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels sont certes significatifs mais beaucoup reste à faire pour faire émerger des demandes de formation. Avec la mobilisation des nouveaux leviers découlant de loi de 2009 sur la formation professionnelle comme le fonds paritaire et des outils comme le CIF hors temps de travail ou encore la préparation opérationnelle à l’emploi, nous nous attendons à des développements importants. Mais nous voyons trois conditions à remplir si nous souhaitons agir dans la durée et permettre à la lutte contre l’illettrisme de changer d’échelle :

  1. faire en sorte que les solutions proposées aux personnes s’inscrivent le plus possible dans le droit commun de la formation professionnelle, en d’autres termes, que la lutte contre l’illettrisme soit perçue comme facilitant la professionnalisation ou la qualification et non comme un pré requis ,
  2. se concentrer sur les personnes réellement en situation d’illettrisme en ayant recours à un positionnement rigoureux qui permette à la fois de valoriser le patrimoine de compétences de base des personnes mais aussi ce qu’il faudrait qu’elles maîtrisent pour réussir leur projet ou exécuter de nouvelles tâches en toute autonomie,
  3. en rapprochant les outils qui sont utilisés pour la formation des demandeurs d’emploi de ceux qui sont utilisés pour les salariés. L’important travail collectif qui a été conduit par les OPCA dans ce domaine tant sur le plan de l’ingénierie que sur celui de l’information doit aussi bénéficier à tous ceux qui, en situation de grande fragilité par rapport aux savoirs de base, vivent actuellement des transitions professionnelles.

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