On rédige un mail professionnel, on tape « nous accueillons », et le doute surgit : un seul « l » ou deux ? Le verbe accueillir au présent de l’indicatif pose problème parce que son radical change selon la personne. Comprendre cette alternance, c’est régler le problème une fois pour toutes, et reconnaître au passage une famille entière de verbes qui fonctionnent de la même façon.
Radical alterné au présent : la mécanique qui piège sur accueillir
La plupart des verbes du troisième groupe gardent un radical stable à toutes les personnes du présent. Ce n’est pas le cas d’accueillir. On parle de verbe à radical alterné : la base du mot change entre les personnes du singulier (et la troisième du pluriel) d’un côté, et les première et deuxième personnes du pluriel de l’autre.
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Concrètement, voici ce qui se passe. Aux personnes où la terminaison est muette ou presque (je, tu, il/elle, ils/elles), le radical se termine par -eill-. Aux personnes où la terminaison est sonore (-ons, -ez), le radical repasse à -eill- précédé d’un « u » qui modifie la syllabe : on écrit « accueill-ons », « accueill-ez ».
Le piège le plus fréquent consiste à écrire « nous acceuillons » ou « nous accueillions » au présent (cette dernière forme existe, mais c’est de l’imparfait). Au présent, les terminaisons pour nous/vous sont -ons et -ez, pas -ions/-iez.
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Conjugaison complète d’accueillir au présent de l’indicatif
On pose le tableau pour fixer les formes une bonne fois.
| Pronom | Conjugaison | Point d’attention |
|---|---|---|
| je | j’accueille | terminaison -e (pas de « s ») |
| tu | tu accueilles | terminaison -es |
| il / elle / on | il accueille | terminaison -e |
| nous | nous accueillons | pas de « i » avant -ons |
| vous | vous accueillez | pas de « i » avant -ez |
| ils / elles | ils accueillent | terminaison -ent, radical identique au singulier |

Le radical reste « accueill- » partout, mais l’erreur vient souvent de la confusion entre présent et imparfait. À l’imparfait, on écrit « nous accueillions » (avec un « i » supplémentaire). Au présent, ce « i » disparaît.
Verbes du troisième groupe qui suivent la même logique qu’accueillir
Accueillir n’est pas un cas isolé. Tous les verbes construits sur le modèle de « cueillir » partagent cette conjugaison particulière au présent. On retrouve notamment :
- Cueillir : je cueille, nous cueillons. Même alternance, mêmes terminaisons du premier groupe (-e, -es, -e) alors que c’est un verbe du troisième groupe.
- Recueillir : je recueille, nous recueillons. Le préfixe « re- » ne change rien au mécanisme du radical.
- Assaillir : j’assaille, nous assaillons. Moins courant, mais le piège est identique : terminaisons en -e/-es/-e au singulier, pas en -is/-is/-it.
- Tressaillir : je tressaille, nous tressaillons. Même famille, même régularité apparente qui masque l’appartenance au troisième groupe.
Le point commun de ces verbes, c’est qu’ils empruntent au présent les terminaisons du premier groupe (-e, -es, -e, -ons, -ez, -ent) tout en restant classés dans le troisième groupe. C’est cette particularité qui génère la confusion : on hésite entre les terminaisons en « -e » et celles en « -s » qu’on attend d’un verbe du troisième groupe.
Un test rapide pour ne plus hésiter
Quand on tombe sur un verbe en « -illir » du troisième groupe, on applique les terminaisons du premier groupe au présent. Si le verbe finit par « -cueillir », « -saillir » ou « -faillir », on conjugue comme « parler » au présent : -e, -es, -e, -ons, -ez, -ent.
Ce réflexe suffit à éviter la majorité des erreurs. Les retours varient sur le cas de « faillir » (parfois défectif selon les ouvrages), mais pour accueillir, recueillir et cueillir, la règle est constante.
Erreurs courantes sur accueillir et comment les corriger
Trois fautes reviennent régulièrement dans les écrits professionnels et les copies.
La première : écrire « j’acceuille » en inversant le « u » et le « e ». Le groupe de lettres « -cueil- » respecte la règle du « c » dur devant « u » : on écrit « accueil » et non « acceùil ». La séquence correcte est toujours « c-u-e-i-l », comme dans « cercueil » ou « orgueil ».
La deuxième : confondre présent et imparfait à la première personne du pluriel. « Nous accueillons » (présent) contre « nous accueillions » (imparfait). La différence tient à un seul « i », et à l’oral, elle est presque inaudible. À l’écrit, vérifier le temps voulu dans la phrase tranche la question.
La troisième : ajouter un « s » à la première personne du singulier par analogie avec d’autres verbes du troisième groupe (« je finis », « je pars »). Accueillir prend un « -e » muet : « j’accueille ».
L’astuce du remplacement
En cas de doute sur la terminaison, on remplace mentalement « accueillir » par « cueillir ». Si « je cueille » sonne juste dans la phrase, la forme est correcte. Ce raccourci fonctionne à toutes les personnes du présent.

Sens élargi d’accueillir : au-delà de la politesse
On réduit souvent accueillir à « recevoir quelqu’un ». Le verbe couvre en réalité plusieurs situations. Il signifie aussi héberger, donner l’hospitalité, ou encore indiquer la capacité d’un lieu (« cette salle accueille deux cents personnes »). Dans un contexte figuré, accueillir une nouvelle, c’est la recevoir favorablement ou non.
Maîtriser la conjugaison au présent prend tout son intérêt quand on utilise le verbe dans ces sens variés. Un rapport qui mentionne « le site accueille plusieurs activités » ou un courrier qui précise « nous accueillons votre proposition avec intérêt » gagne en précision si l’orthographe est irréprochable.
Le verbe accueillir au présent suit une logique partagée par toute la famille des verbes en « -cueillir » et « -saillir » : des terminaisons de premier groupe appliquées à un verbe de troisième groupe, avec un radical en « -eill- » stable mais une orthographe du « c-u-e-i-l » qui demande de la vigilance. Retenir ces deux points, c’est éliminer les fautes sur accueillir et sur une dizaine de verbes apparentés du même coup.

